[FR] Un Cadre … Un Carte

 Article de ©Fautostine


« – Where are you going?

– To go live in this song forever! »

─ Faustine, écoutant Don’t stop me now de Queen

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Voilà, c’est fini.

J’aimerais pouvoir me souvenir de chaque moment, de chaque instant passé en Amérique Centrale.

J’aimerais pouvoir tout écrire, tout relater.

Mais, étrangement, cette fois, j’ai aussi envie de laisser à ma mémoire le soin de faire le tri, de ne garder que ce qu’elle veut.

Même si parfois, j’essaie de la contrarier, un peu, quand je ferme doucement les yeux et que je fouille les tiroirs de mon esprit pour y déloger quelques souvenirs. Juste comme ça, pour sourire un peu. Puis, je les replie, les range consciencieusement et je referme la commode. Je sais ainsi où chacun d’entre eux est rangé et où je pourrais les retrouver en cas de besoin.

Mais remontons un peu aux origines de tout ça…

Il y a quelques mois, je faisais du bénévolat au Forum Social mondial qui se déroulait, exceptionnellement, dans un pays du « Nord », à Montréal, plus particulièrement… Dans ce vieux « Nord » qui se veut plus développé et bien-pensant…

À plusieurs reprises dans la journée, je suis venue en aide à une femme qui avait l’air complètement perdue. Je l’ai aidée à se repérer dans le Forum, à trouver la salle où elle devait aller. Je l’ai rassurée.

À la fin de la journée, alors que je m’apprêtais à quitter les lieux, je l’ai croisée une nouvelle fois, dans le confort trivial des toilettes de l’université où se tenaient les conférences.

Nous avons échangé un sourire, une parole gentille.

Et comme poussée par un drôle d’élan de spontanéité qui ne me ressemble pas, j’ai entamé avec elle une conversation qui résonne encore en moi.

J’ai cherché à en savoir davantage sur sa présence au Forum.

Elle m’a dit qu’elle était venue à Montréal pour parler de son projet Espace Humain.

Cette femme a voyagé à travers une centaine de pays, 116 précisément. Elle est allée, comme elle le décrivait simplement, à la rencontre de tous les « Dupont », « Gagnon » et « Smith » de la planète. Elle a vécu avec toutes ces personnes, les a suivies dans leur quotidien, elle a cherché à partager leur vie, leur quotidien, leurs problèmes, leurs peines mais aussi leurs joies.

Je lui ai expliqué que je partais en Amérique Centrale pour, moi aussi, aller à la rencontre des gens qui peuplent cette Terre, même si au fond, je savais que c’était à ma propre rencontre que je cherchais à aller.

Je lui ai alors demandé dans quel cadre elle avait entrepris cette aventure.

Et là, elle m’a répondu une phrase toute simple qui a été comme une énorme claque sur mon visage : « Je me suis créée mon propre cadre ».

J’ai senti ma gorge se serrer, mes joues s’empourprer et mes yeux s’embrumer. J’étais au bord des larmes, sans trop savoir pourquoi.

J’ai écourté la conversation, lui ai demandé sa carte et l’ai quittée un peu soudainement.

Elle m’a souhaité bonne chance dans mon entreprise. Et m’a tourné le dos.

J’ai regardé mon visage dans le miroir des toilettes.

Mes traits étaient tirés, j’avais le visage froissé, les yeux sombres.

Mélange de fatigue intense et d’une extrême émotivité qui me rendaient de plus en plus sensible à ce genre de rencontres, à ces dialogues, à ces partages…

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« Je me suis créée mon propre cadre » …

Cette idée a fait son chemin dans mon esprit et m’a suivi pendant tout mon voyage.

Il y a trois mois de cela, j’avais encore le vertige…

Mais j’avais encore plus peur de ne jamais voler, alors j’ai sauté, vers l’inconnu…

Je suis partie quatre-vingt-dix jours, seule avec mon gros sac à dos.

Du Canada à la Colombie, en passant par le Mexique, le Belize, le Guatemala, le Salvador, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panama, j’ai cherché à dessiner mon propre cadre…

J’ai croisé des milliers de destins, partagé des centaines d’histoires.

J’ai rencontré des dizaines de personnes qui sont devenus autant d’amis.

Et ces rencontres ont été tellement de miroirs qui m’ont permis de me faire face et de comprendre qui j’étais, qui je voulais être et qui j’avais toujours été.

Ce miroir a finalement été mon cadre. Celui que je me suis construit tout au long de ces trois mois et qui me permet aujourd’hui de savoir d’où je viens et où je vais.

Je suis revenue « à la maison » des idées plein la tête, plus décidée que jamais à réaliser mon rêve.

Mon cadre, c’est toujours ce miroir dans lequel je me regarde chaque matin et où je vois le reflet d’une idéaliste, d’une rêveuse…

Mais aujourd’hui, mon cadre a largement dépassé ses frontières.

Aujourd’hui, mon cadre, c’est ce petit bout de tissus qui me suit partout, sur mon dos. Mon cadre, c’est mon sac-à-dos.

Aujourd’hui, mon cadre, c’est mon clavier d’ordinateur et ses quatre-vingt touches.

Mon cadre, c’est bien plus qu’un instantané, qu’un arrêt sur image.

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Aujourd’hui mon cadre, c’est un univers, un monde.

Mon monde, le mien, le nôtre.

Mon cadre, c’est la carte d’un monde qu’il me reste à explorer.

Aujourd’hui, mon cadre, c’est une carte.

Une carte de voyage…

A travelmap

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