[FR] Il était une fois dans l’Est…

Interview avec Fabien et Thibaut qui voyagent depuis près de 3 ans en Asie.
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La naissance du projet “Cap Vers L’Est”

L’idée nous est venue assez singulièrement, lors d’une conversation téléphonique. J’étais à l’époque en VIE à Milan et Thibaut lui était en CDD sur Paris. Nos contrats se terminaient sous peu et nous parlions voyage.

Nous avions déjà pas mal bougés en Europe et en Amérique Latine, ensemble ou chacun de notre côté, mais les voyages étaient de courte durée (Les congés payés sont toujours limités). De son côté, Thibaut avait déjà sillonné l’Amérique Latine pendant plusieurs mois et l’Australie grâce respectivement à un visa étudiant et à un PVT. Dans les deux cas, pas de billet retour, mais à chaque fois avec une date de fin.

“Et pourquoi pas l’Asie ? La Chine ? On y a jamais mis les pieds.” C’est sur cette phrase assez anodine que nous avons commencé notre projet Cap Vers L’Est. Nous avions tous les deux envie de sortir de la routine, de découvrir quelque chose de nouveau, et de le faire à notre manière tant que nous étions encore jeunes et plein d’énergie.

L’Asie était un continent mystérieux, qui attirait notre curiosité, tant par ses différences culturelles avec la France que par son patrimoine immense. Le coût de la vie sur place était aussi un gros avantage pour nos futurs petits budgets. Et puis finalement, c’était l’occasion de nous forger notre propre expérience, au-delà des documentaires ou des brèves (souvent négatives) que l’on nous montrait à la télé à l’époque.

Nous avions donc commencé à recouper des informations concernant les pays qui nous intéressaient (visa, coût de la vie sur place, retour d’expérience sur internet,…) et d’élaborer les grandes lignes de notre voyage en scrutant la Map monde.

Pour ce voyage, nous avons quelque chose de précieux : du temps. C’est notre meilleur allié pour vivre des expériences incroyables et profiter sans avoir l’impression d’aller trop vite ou de survoler des étapes. Mais c’est surtout grâce à lui que nous avons pu opter, dans la mesure du possible, pour les deux modes de transports qui nous plaisent le plus:

– le stop pour l’excitation et l’inconnu

– la moto pour la liberté et les sensations

En stop, nous ne savons jamais à quelle heure nous arriverons, si nous arriverons à destination et qui nous allons rencontrer. Mais nous savons une chose, c’est que ce sera une expérience humaine où des gens qui n’étaient pas destinés à se croiser, se croisent. Et nous devons cohabiter ensemble le temps de quelques minutes ou plusieurs heures dans l’espace réduit qu’est une voiture ou une camionnette… c’est tout simplement génial.

En moto, nous pouvons aller où l’on veut et s’arrêter quand bon nous semble. C’est ce qui nous a permis de nous enfoncer dans des endroits reculés au Vietnam et de débarquer dans des garages improbables lorsque nous avions des pannes de moteur. Et puis, quoi de plus fun que de rouler au milieu des fourgonnettes remplies de poules ou à côté d’une mobylette avec une famille de 6 personnes dessus en lançant un Hâllo ! amical.

Un enterrement en Thaïlande

Une fois en Thaïlande. Nous faisions du stop pour rentrer sur Bangkok quand une grosse voiture s’arrête. À bord, un couple divorcé mais toujours ensemble (?!) parlant un anglais précaire décide de nous mener gentiment à destination. Le trajet étant long nous sympathisons via Google Traduction. N’ayant aucun plan comme d’habitude, nous sommes ouverts à tout et c’est alors qu’ils nous proposent d’aller dans un parc d’attraction local pour s’amuser un peu sur le chemin. Nous acceptons avec joie et passons un super après-midi en leur compagnie.

Et puis, de retour en voiture, on apprend qu’ils se rendent à un enterrement en banlieue éloignée de Bangkok qui sera suivi d’une soirée dans une boîte de nuit locale. Ils se regardent puis nous demandent “you wanna come?”. Ni une, ni deux, nous acceptons en pensant à la tenue que nous pourrions porter pour ce type d’occasion auquel nous n’étions pas préparé… Bon bah ce sera une chemise déteinte par le soleil avec un jean un peu troué recouvrant le haut de nos chaussures de rando. Pas le choix mais nos nouveaux amis ne nous en tiennent pas rigueur. Nous débarquons donc dans leur monde, rencontrons leurs amis, partageons des moments intimes (l’enterrement) et joyeux (resto, bars, boîte) et tout cela en une journée. Le lendemain, nous nous quittons. Au moment d’embarquer dans le bus qui nous ramènera à Bangkok, ils nous lanceront une invitation pour venir passer quelques jours chez eux, à Kanchanaburi. Une semaine plus tard, nous y allons pour 4 jours, mais cela est une autre histoire.

“J’irais dormir chez les chinois”

Lorsque le logement est cher, nous optons pour le Couchsurfing. Nous y avons d’ailleurs consacré un article sur Cap Vers l’Est TravelMap intitulé “j’irais dormir chez les chinois“. C’est toujours une expérience enrichissante et on entre dans l’intimité d’une personne ou d’une famille très vite. Nous nous sommes aperçus que plusieurs profils se dégagent: certains le font pour échanger et approcher une nouvelle culture, d’autres pour rendre service par gentillesse, d’autres encore parce qu’ils souhaitent un peu de compagnie et briser une vie peut-être trop monotone.

En ce qui concerne la nourriture, nous sommes des adeptes de la street food pour des raisons d’authenticité mais aussi, ne nous le cachons pas, des raisons de budget. Il nous arrive de ne pas toujours savoir ce que nous commandons et n’avons pas toujours de bonnes surprises, mais ce n’est pas grave. Quand ça arrive, nous mangeons quand même notre assiette et ça nous permet de prendre quelque chose que nous ne connaissons pas. Souvent les locaux nous regardent amusés car on ne trempe pas la viande dans la bonne sauce ou on ne mange pas les aliments dans le bon ordre. Un bon fou rire éclate souvent et ça nous suffit pour passer un agréable moment.

Au milieu d’un bidonville

En Inde, nous avions un trajet d’une vingtaine d’heures en train couchette avec un arrêt de 4 heures et un changement de train pour rejoindre l’état de Goa. Nous arrivons à la jonction en pleine nuit. Dès notre descente du train, nous nous sentons assez mal à l’aise. Des gens dorment à même le sol un peu partout sur le quai et dans la gare, des rats et des corbeaux se battent sur les rails pour s’arracher des restes de nourriture, des hommes tournent autour de nous en nous regardant de manière étrange. L’heure tourne, et le tableau d’affichage annonce 2h de retard supplémentaires, puis 2h de plus, puis 2h de plus… Nous prenons finalement le train à midi après une nuit dans notre couverture de survie sur le quai, à se relayer toute la nuit pour surveiller nos affaires. Au lever du soleil, nous comprenons que la gare est située en plein milieu d’un bidonville.

Nous avons d’ailleurs écrit un article sur cette petite anecdote : capverslest.travelmap.net/posts/en-inde-rien-ne-se-passe-jamais-comme-prevu

Voyager lentement

Cela fait 2 ans et demi que nous sommes partis, pour nous concentrer uniquement sur l’Asie. Certaines personnes font un tour du monde en moins de temps que ça.

L’objectif que nous nous étions fixés étaient de voyager lentement, de prendre le temps de découvrir chaque pays visité, à notre façon. C’est-à-dire d’essayer au maximum de se rapprocher du mode de vie local, de goûter à la gastronomie locale, d’aller à la rencontre des habitants, d’échanger, de dormir chez eux dans la mesure du possible. Nous essayons également de franchir la barrière de la langue, qui peut être importante dans certains pays comme la Chine ou le Japon.

Au-delà de l’expérience locale, une grosse partie de l’apprentissage et de la compréhension se fait à l’intérieur de nous-même. On apprend à s’organiser, à observer, à écouter, à prendre des décisions, à se découvrir des passions (ou le contraire) et à repousser ses limites physiques et/ou mentales dans certaines situations.

Nous pensons que le tourisme de masse n’est pas une bonne chose lorsqu’on touche aux questions éthiques et environnementales. Je pense notamment à la Thaïlande et à certaines îles magnifiques dénaturées par les “besoins” des voyageurs. Malheureusement, il faut partir des réalités pour commencer à faire bouger les lignes : Si tout le monde voyageait comme nous le faisons, les revenus du tourisme dans les pays en développement seraient ridicules. Une solution parmi d’autres (éducation à la conservation de la nature, régulation du nombre de touristes ?) pourrait être pour ces pays de s’intéresser au tourisme écologique comme le fait déjà le Costa Rica.

Faire des “stops” pour se découvrir

Nous pensons qu’il est difficile voir impossible de voyager pendant deux ans et demi en changeant de lieu tout les 2-3 jours sans s’essouffler… C’est pourquoi nous avons choisi de couper notre voyage en posant nos sacs ici et là afin de recharger les batteries, et par la même occasion, de découvrir le mode de vie local. En faisant des “stops”, nous avons par exemple travailler dans des auberges à Taiwan et au Japon, dans un restaurant français en Malaisie, dans un orphelinat au Vietnam, ou encore dans un bar à Hong-Kong. Je me suis d’ailleurs découvert un intérêt pour l’enseignement en apprenant l’anglais à des enfants au Vietnam et Thibaut s’est révélé doué dans la réalisation de cocktails à Hong-Kong.

Comprendre le monde

Nous connaissions finalement très peu l’Asie. À part quelques documentaires sur Arte, des images “cartes postales” de sites historiques et quelques nouvelles (en général assez péjoratives) sur la Chine, la région nous était presque inconnue. C’est d’abord pour cette raison que nous sommes partis de ce côté de la planète.

Je dirais que le fait d’y mettre les pieds fait également tomber quelques clichés. Deux exemples parmi d’autres : “Les asiatiques sont tous les mêmes” ou encore “les chinois mangent du chien”. En presque 3 mois au total passé en Chine continentale, nous n’avons pas vu un seul restaurant ayant du chien sur leur carte.

Un voyage de deux ans et demi apporte forcément beaucoup de choses. Respect, tolérance, humilité sont des valeurs qui, nous le pensons, reviennent dans le caractère de chaque voyageur au long cours. Mais, au delà de ça, se dégage peut-être autre chose : la compréhension du monde dans lequel nous vivons, ou du moins, notre interprétation du monde. Rien n’arrive sans raison. Tout est connecté. Chaque peuple a ses raisons, son histoire. Nous sommes tous différents. Acceptons-le et apprenons à vivre ensemble.

 

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